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Malidor (2006)
Malidor n'existe pas.
Lorsqu'on est enfant, l'idée qu'on se fait du monde
est souvent très abstraite. Y compris celle de sa géographie.
Il nous est parfois donné de croire qu'il peut exister
un endroit où nos rêveries se cristallisent sans contraintes.
Et qu'on peut s'y rendre, un jour. Quelqu'un nous y
conduira. Le bonheur a un décor qui l'attend quelque
part.
Avec l'âge, les voyages, on finit par savoir que ce
lieu restera un fantasme furtif, gourmand en nouvelles
émotions, fragile devant l'ironie mais stable, sûr de
ses fondations.
Ce lieu, vous l'avez compris, c'est Malidor. Définir
cet espace imaginaire par ce qu'il n'est pas : L'île
Aux Enfants, Xanadu, Utopia, Les Paradis, Les Enfers,
Paris, la Californie, le jardin de Mamie, un centre
Leclerc, quelque chose de terrien, une Ville Invisible
de Calvino, Macondo, la Lune, l'Autre Bout du Monde
(encore que)… il fallait le définir par ce qu'il est.
" There's a Place…"
Pour ce qui nous éloigne de ce lieu, nous y ramenant
cependant par ricochet (vous aurez remarqué), la tonalité
mélancolique et les thèmes de certaines autres chansons
du disque apportent leur lot de désolation.
Je dois le rappeler pour les milliards de gens qui n'étaient
pas présents : la chanson Malidor ouvrait le spectacle
de la
résidence d'Ivry en mars 2002. Le décor était celui
d'un kiosque, celui des Bancs.
C'est en préparant Au Grand Jour que l'idée de rassembler
quelques chansons qui tournaient autour des thèmes de
cette chanson (l'insomnie, le voyage, imaginaire ou
réalisé, le désir, la vie solitaire et confinée, la
mort et l'inquiétude qu'elle inspire, les ressorts de
l'imagination qu'elle chatouille…) est née. Vincent
Frèrebeau aimait la chanson telle qu'elle était enregistrée
en 2003, destinée à distraire Au Grand Jour de son axe
passionnel, et m'a incité à en faire un prolongement
dans l'esprit du pont " Bonn'aiseuuu… ".
Les rencontres artistiques, en particulier le travail
avec Emily
Loizeau pour son album, les séances de studio de
l'album
de duos de tôt Ou tard, et bien évidemment, les
concerts avec Franck M'Bouéké et François Lasserre ont
fait le reste.
Franck et François apportent la musicalité, l'enthousiasme,
les muscles ! Je n'oserais pas leur présenter une merde.
La confiance en Arnaud Bascuñana s'est installée dès
les maquettes de juin 2005. Il pourrait être la quatrième
tomate. Mystère. Comme sur Les Embellies, Vincent
Frèrebeau a suivi de très près, parfois précédé les
échappées. Les séances de studio (deux à quatre jours)
se sont déroulées sur un an, avec beaucoup de temps
entre elles. Certaines chansons sont restées sur le
carreau. Elles attendent. Leur souffle est rauque.
Ah, j'allais oublier…les dessins tentent de ramener
le scrutateur de livret vers les visions anecdotiques,
sensuelles, naïves des petits maîtres orientalistes
français de la fin du XIXe siècle. Avec un clin d'œil
au géant Doré Gustave. Je suis un de ces scrutateurs
maniaques et je me suis inhabituellement appliqué dans
la finition de ces dessins.
Ils ont un rôle climatique.
Si Malidor devait se matérialiser en autre chose qu'un
recueil de chansons, ce serait un climat.
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